Les secrets de l’aqueduc Médicis

Qu’est-ce qu’un aqueduc ?

Le mot aqueduc vient du latin aquaeductus formé de aqua, ae (eau) et ductus, us (conduite) et désigne une conduite d’eau potable. L’aqueduc peut être souterrain ou porté au-dessus du sol par une suite d’arcades. Dans ce cas, on parle de pont-aqueduc. L’aqueduc de Marie de Médicis, construit entre 1613 et 1623 est en grande partie souterrain et transporte l’eau de percolation (migration lente à travers le sol des eaux de pluie) de Rungis à Paris. Toutefois, un pont-aqueduc existe au niveau des villes de Cachan et d’Arcueil.

De quoi est constitué un aqueduc ?

La galerie

© Eau de Paris

© Eau de Paris

L’eau circule dans une rigole appelée cunette. La forme de cette rigole et le matériau utilisé varient selon les époques. L’aqueduc Médicis lui est une galerie formée de deux piédroits, espacés d’environ 1 m et recouverts d’une voûte en plein cintre. La cunette bordée en général de deux banquettes s’ouvre entre les piédroits. La hauteur entre la banquette et la clé de voûte est le plus souvent de 1m75 ; la cunette est un carré dont les côtés mesurent 45 cm. Les piédroits ont 65 cm d’épaisseur ; l’épaisseur de la voûte au sommet est de 46 cm, elle est enduite extérieurement d’une chape en mortier. Les murs et la voûte sont presque partout en meulière-caillasse, avec des chaînages en pierre de taille, espacées de 3m90 d’axe en axe.

© Paris historique

© Paris historique

Profil détaillé de la galerie du Médicis

© Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012.

 

Exemple d’un regard à lanterneau : regard III à Fresnes © Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012.

Les regards

L’aqueduc Médicis est ponctué de regards. Au XVIIe siècle, ce sont de simples édifices construits sur le tracé de l’aqueduc dans lesquels débouche un escalier qui facilite les visites techniques de la galerie. Ils permettent également l’aération constante du système d’alimentation. Ils sont constitués d’une partie extérieure appelé édicule et d’une partie souterraine. Le système d’aération comprend un puits reliant le bassin à l’extérieur. Ce bassin à plusieurs utilités.

© Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012

© Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012

Légèrement plus bas que la conduite d’eau, il permet une petite cascade qui oxygène l’eau. Ce principe d’aération et d’oxygénation empêche la prolifération des bactéries propres aux eaux stagnantes. Sa seconde fonction essentielle est la décantation. En effet, c’est au fond du bassin que les particules en suspension peuvent se déposer. Vidangé régulièrement, le bassin facilite l’écoulement de l’eau dans la conduite car il élimine les dépôts.

Exemple d’un regard sans lanterneau : le regard XIX à Gentilly © Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012.

Exemple d’un regard sans lanterneau : le regard XIX à Gentilly © Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012.

Les regards peuvent être agrémentés d’une concession privée. Une concession est le fait d’accorder à un particulier une certaine quantité d’eau prélevée dans l’aqueduc. Ces concessions privées étaient le plus souvent accordées (en dédommagement) à des propriétaires dont la ou les parcelles étaient traversées par l’aqueduc. Avoir la conduite d’eau sur son terrain impliquait toutefois quelques contraintes : « Défense de prendre les eaux, fouiller ou gâter les pierrées, planter les arbres le long des aqueducs et conduites d’eau à 15 toises (30 mètres) près. » (Arrêt du Conseil du roi Louis XIV, 26 novembre 1666). De plus, les propriétés situées près de l’aqueduc étaient soumises à une taxe spécifique. La conduite partant du regard est alors appelée prise d’eau. Le regard peut également permettre la dérivation de l’eau, le temps d’effectuer des travaux dans la galerie à sec. Ce type de regard se

nomme regard de décharge. Enfin, la dernière fonction du regard est la mesure du débit d’eau.

© Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012.

Cheminée © Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012.

Les cheminées ou puisards

Il s’agit d’un accès à l’aqueduc par le haut de la voûte. En surface, les cheminées sont fermées par un tampon en pierre muni d’une tige de fer ou par des madriers en bois couverts de terre.

Comment est mesuré le débit ?

Pour mesurer le débit de l’eau au regard, on utilisait une jauge en métal munis de petits trous. Le diamètre de ces trous correspond au pouce fontainier. Ces plaques étaient installées en avant de la prise d’eau et d’une cuvette, appelée cuvette de jaugeage. Plus tard, un récipient servant à mesurer jaugele débit pouvait également être placé dans la cuvette.

Au XVIIe siècle, le débit se mesure en pouce. On appelait pouce d’eau ou pouce du fontainier la quantité d’eau qui s’écoule par un orifice d’un pouce de diamètre. Le pouce comprenait 144 lignes et correspondait à un volume de 14 pintes fourni en une minute, soit 0,8 m3/h environ (un pouce ≈ 20 m3 /jour). On ne tenait pas compte alors de la vitesse de l’écoulement. Le débit de l’aqueduc Médicis est estimé à l’époque à 1 280 m3/jour. En comparaison l’aqueduc romain fournissait 80 pouces/ jour soit 1 600 m3. L’aqueduc de la Vanne fournit lui aujourd’hui environ 110 000 m3/jour.

© Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012

© Région Île-de-France – Inventaire général /Phot. Laurent Kruszyk, ADAGP 2012

La méthode du fontainier pour jauger selon l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert :

Le Fontainier a une boëte de fer – blanc, percée pardevant d’autant de trous d’un pouce, demi – pouce, ligne, demi – ligne qu’il veut. Il expose cette boëte à une source, tous les trous bouchés ; elle s’emplit & se répand ; alors il débouche le plus petit, puis le suivant, & ainsi de suite, jusqu’à ce que la boëte laissant échapper par les trous ouverts autant d’eau qu’elle en reçoit de la source, & demeurant par conséquent toûjours pleine, les trous débouchés lui donnent la quantité d’eau qu’il cherche à connoître.

Tracé

Jusqu’au XIXe siècle, l’aqueduc était long de 12 936 mètres, entre le regard n° I de Rungis (carré des eaux) et le château d’eau de l’Observatoire à Paris (regard n° XXVII), appelé également maison du Fontainier. Il traversait successivement les communes de Fresnes, l’Haÿ-les-Roses, Cachan, Arcueil, Gentilly, puis les 14e et 6e arrondissements de Paris. Sur une partie de son tracé, il suit en surplomb la vallée de la Bièvre, d’abord sur sa rive droite, puis à partir d’Arcueil sur sa rive gauche. Il est intéressant de noter qu’il suit un parcours très proche de celui de l’aqueduc gallo-romain de Lutèce construit vers le IIe siècle après JC.

Sous le Second Empire, la partie parisienne de l’aqueduc est déclassée : à partir du boulevard Jourdan, les eaux sont dirigées directement sous la rue de la Glacière vers les réservoirs du Panthéon, construits en 1843 sur la montagne Sainte-Geneviève. Depuis la démolition de ceux-ci, en 1904, les eaux seraient déversées dans le lac du parc Montsouris. L’aqueduc ne mesure donc maintenant plus que 10 420 mètres, sans compter les quelques tronçons parisiens aujourd’hui morcelés.

Les galeries souterraines de l’aqueduc traversent des propriétés privées, qui sont soumises à une zone de servitude s’étendant à 30 mètres de part et d’autre : les constructions et plantations y sont soumises à autorisation ; les fosses septiques, cuves à mazout, dépôts de produits toxiques et de fumier sont strictement prohibés.

Visite virtuelle de la galerie

Aujourd’hui, l’eau ne coule librement dans la galerie que jusqu’au regard n° X, à Cachan. Au-delà, elle circule dans une conduite en fonte installée lors du raccordement de l’aqueduc aux réservoirs du Panthéon, dont l’altitude ne permettait plus l’écoulement gravitaire.

Cliquez sur l’image pour accéder à la visite virtuelle © OCRA

La galerie n’a jamais été reconstruite, sauf ponctuellement : une courte section à Cachan par suite d’un glissement de terrain au début du XIXe siècle, deux siphons au niveau des tranchées des autoroutes A86 à Fresnes, et A6 à Arcueil (respectivement en 1990 et 1960), et une déviation contournant la Cerisaie à l’est de Fresnes.
À Paris, l’ancienne galerie déclassée a été coupée en plusieurs endroits, notamment lors du percement de l’avenue Reille, de la rue d’Alésia et de l’avenue René-Coty.
Certains tronçons ont été cédés à des riverains et transformés en caves.

Les commentaires sont fermés.