Fontaines et réservoirs de Paris

Les fontaines alimentées par le Médicis

Les fontaines du XVIIe siècle

La création de l’aqueduc d’Arcueil est l’occasion de construire de nouvelles fontaines à Paris. Ces constructions débutent sous Louis XIII qui inaugure en 1624 un des premiers édifices devant fournir de l’eau de Rungis aux Parisiens. Selon Pierre-Simon Girard, à l’origine 14 fontaines sont prévues pour distribuer l’eau venant de Rungis dans Paris. L’architecte Augustin Guillain a été chargé le 5 mars 1620 de choisir les emplacements de ces dernières. Une liste qui date du 10 mars de la même année, nous donne les emplacements de 13 d’entre elles :

Distribution des Eaux de Rungis au XVIIe siècle. Document conservé aux Archives nationales, Paris (AN, N/III/Seine/626)

- « au coin de la rue de l’Arbalète, contre la maison des Quatre-Évangélistes » ;

- « au coin du cimetière Saint-Etienne, près de l’hôtel épiscopal de Nevers » (aujourd’hui Saint-Etienne-du-Mont) ;

- « à l’encoignure de l’église Saint-Hilaire » (aujourd’hui rue Valette) ;

- « à la croix des Carmes, derrière la barrière des Sergents » (aujourd’hui place Maubert) ;

- « contre le mur du collège du cardinal Lemoine » (aujourd’hui rue du Cardinal-Lemoine) ;

- « à l’emplacement de l’ancien cimetière, à l’opposite de l’église Saint-Benoît, rue Saint-Jacques » ;

- « à l’encoignure de l’église des Mathurins » (aujourd’hui rue de Cluny) ;

- « à un petit pont près de la rue de la Bûcherie » ;

- « au coin de la rue des Poiriers » ;

- « entre l’église et la maison de Saint-Cosme » (à l’actuel croisement de la rue de l’École-de-Médecine et du boulevard Saint-Michel) ;

Fontaines alimentées par les eaux de Rungis à Paris, XVIIe siècle. (AN. N/III/Seine/626)

- « près de l’hôtel Rouhand » (ancienne rue des Cordeliers) ;

- « au bout de la rue Dauphine, contre le mur d’enceinte de la ville » (aujourd’hui angle des rues Mazarine, Dauphine, Saint-André des Arts et de Buci) ;

- « Place Saint-Michel ».

Ce plan initial a été peu respecté. À la fin du XVIIe siècle, on compte toutefois 15 fontaines à Paris alimentées par les eaux de Rungis. Ces fontaines regroupent celles prévues par Guillain ainsi que d’autres confirmées par une ordonnance du prévôt des marchands, datée du 9 septembre 1624. Il y eut également de nouvelles fontaines créées sous Louis XIV.

-        la fontaine de Médicis : œuvre de Jacques Lemercier ou de Thomas Francini selon les sources, la fontaine située dans les jardins du Luxembourg est construite en 1630 pour Marie de Médicis. Elle est très remaniée aux XVIIIe et XIXe siècles (1811). Elle est déplacée sous le Second Empire par Gisors (1864) à l’occasion du percement de la rue de Médicis. C’est en 1858 que la fontaine de Léda vient s’adosser à celle-ci pour lui donner son aspect actuel. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1889.

-        la fontaine Saint-Benoît : la fontaine construite par Augustin Guillain en 1624 en face de Saint-Benoît était située contre le mur du Collège de France, place de Cambrai. Elle a été détruite en 1913.

-        la fontaine Sainte-Geneviève : le puits Sainte-Geneviève est le seul puits public du quartier de l’Université renfermé dans l’enceinte de la ville. Il est dans la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, en face de l’École polytechnique, entrée des élèves, et a été comblé vers 1840 lorsqu’on a ouvert la rue de l’École polytechnique. La fontaine datant de 1624 (architecte : Augustin Guillain, sculpteur : Pierre Bernard) et restaurée au XVIIIe siècle est détruite en 1861, lors de l’édification de l’École polytechnique. La fontaine a la forme d’un grand triangle équilatéral avec pan coupé à chaque angle ; c’est donc un petit édifice hexagonal irrégulier. Une nouvelle fontaine, visible aujourd’hui, est bâtie au même endroit en 1864.

-        la fontaine de Notre-Dame-des-Champs ou des Carmélites : elle est construite en 1625, sise dans l’emplacement de Notre-Dame-des-Champs. Elle est édifiée par les entrepreneurs Pierre Bernard et Jehan Gobelin et dotée de 25 lignes d’eau. La fontaine du faubourg Saint-Jacques est établie vis-à-vis du n° 269bis de la rue Saint-Jacques, un peu avant le Val-de-Grâce. Elle est détruite en 1853, lors de l’élargissement du boulevard Saint-Jacques.

Fontaine Médicis. © Phot. Paris historique, 2012.

-        la fontaine de la porte Saint-Michel : à l’origine simple regard la fontaine est construite en 1683 après la démolition de la porte Saint-Michel, en vertu d’une adjudication passée en faveur du sieur Odile Tarade, architecte et entrepreneur des bâtiments du roi. Elle est démolie en 1855, lors du percement du boulevard Saint-Michel.

-        la fontaine de l’église Saint-Cosme : située rue de l’École-de-Médecine, près du boulevard Saint-Michel, elle est construite en 1624 et restaurée en 1715 par Jean de Beausire. Elle est détruite en 1836 lors de l’alignement de la rue.

-        la fontaine Saint-Victor : cette fontaine consiste en un simple robinet établi dans le mur de l’abbaye, en face du jardin du roi ; on y substitue un édifice construit suivant la mode du temps, dans le même emplacement. L’édification de cette fontaine consiste, au XVIIsiècle, à un simple déplacement de la fontaine des Barnabites. La fontaine est détruite en 1840 et remplacée par la fontaine Cuvier.

-        la fontaine de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés ou de la Charité : elle existe en 1677 et est située rue de Taranne. Construite à place de l’ancienne enceinte de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, elle est démolie en 1860, lors du percement du boulevard Saint-Germain. Il semble que cette fontaine ait reçu à la fois les eaux de Rungis et de la Seine.

-        la fontaine du faubourg Saint-Marcel ou du Pot-de-Fer ou de la rue Mouffetard : construite vers 1671, elle doit remplacer une fontaine plus ancienne. L’architecte de cette fontaine est Michel Noblet. Elle est vraisemblablement modifiée depuis le XVIIe siècle, sûrement au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, il est difficile de s’imaginer à quoi pouvait ressembler l’édifice d’origine.

-        la fontaine de la rue Richelieu : elle se trouve à la place actuelle de la fontaine Molière et est bâtie dans les années 1680 par Beausire. Elle est détruite en 1838.

-        la fontaine de la place du Palais-Royal : elle est située sur la place du Palais-Royal et est construite sur ordre de Louis XIV vers 1670. Reconstruite durant les siècles suivants, elle est détruite en 1854 pour agrandir la place.

-        la fontaine de la place Maubert : appelée aussi fontaine des Carmes, son architecte est Augustin Guillain. Elle est détruite à une époque inconnue.

Fontaine du Pot-de-Fer. Atlas Begrand. t. 3 Les anciennes eaux © Eau de Paris

-        la fontaine Saint-Ovide ou des Capucins : sa date de construction est inconnue. La fontaine Saint-Ovide se trouve à l’angle des rues Saint-Honoré et de Castiglione. Dans un mauvais état en 1717, elle est reconstruite par Jean de Beausire. Elle appartient au couvent des Capucins et est démolie sous la Troisième République.

-        la fontaine du collège des Quatre-Nations et la fontaine de la rue Saint-Honoré.

D’autres fontaines sont construites dans les années 1625 mais faute d’eau de source suffisante, on les alimente rapidement avec l’eau de la Seine.

-        la fontaine du parvis de Notre-Dame : elle est bâtie en même temps que la fontaine de Grève par Augustin Guillain et Francesco Bordoni, sculpteur. La grande sécheresse, qui commence à se faire sentir vers le milieu de l’été de 1660, ne permet pas d’ériger de nouvelles fontaines. Le bureau décide, le 14 février 1665, qu’on démolira le regard et réservoir du parvis Notre-Dame qui n’a jamais reçu d’eau depuis sa construction. La fontaine est finalement détruite en 1748 lors d’une restauration radicale du parvis.

-        la fontaine de Saint-Gervais ou de l’Apport-Baudoyer : la construction de cette fontaine est décidée en 1626 comme pour la fontaine de Birague. Elle se trouve rue Saint-Antoine. Elle est remplacée par la fontaine Saint-Jean, détruite en 1812.

-        la fontaine de Birague ou de Sainte-Catherine devant les Jésuites : elle est construite sur les plans d’Augustin Guillain. Elle est détruite en 1856, lors du prolongement de la rue de Rivoli.

-        la fontaine de la place de Grève : elle est construite en 1625 sur la place par Augustin Guillain et Franceso Bordoni. Elle est détruite en 1638 et reconstruite par le même architecte, pour être finalement détruite à nouveau en 1674. La première pierre est posée par le roi le 28 juin 1624. Il y eut une cérémonie décrite dans les archives pour l’occasion.

-        la fontaine de la Cour du Palais ou fontaine Sainte-Anne : elle date de 1626. La nouvelle fontaine est alimentée par l’eau d’Arcueil. Elle est spécialement destinée au service du palais. Elle est détruite à une époque inconnue.

-        la fontaine de Saint-Séverin : située à mi-distance entre le Petit-Pont et l’église des Mathurins, elle est construite en 1625 et restaurée en 1685. Elle a aujourd’hui disparu.

Les fontaines du XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle de nouvelles fontaines sont construites pour distribuer les eaux de Rungis.

-        la fontaine Palatine ou Garancière : située 12 rue de Garancière, cette fontaine date de 1715. Elle est remise en état en 1809. Elle est attribuée à Jean Beausire. Elle est inscrite au titre des monuments historiques.

Fontaine Palatine. © Phot. Paris historique, 2012.

-        la fontaine du Diable : construite à l’angle des rues de l’Échelle et de Saint-Louis, elle daterait de 1759. Elle a aujourd’hui disparu.

-        la fontaine du marché Saint-Jean : elle se trouve au nord de l’actuelle place Baudoyer. Elle est attribuée à Jean Beausire au début du XVIIIe siècle. Elle a aujourd’hui disparu.

-        la fontaine de la porte Saint-Germain ou des Cordeliers : cette fontaine, sise près de la porte Saint-Germain, dans la rue des Cordeliers, est mentionnée comme étant en projet en 1656, à l’époque de la répartition des eaux d’Arcueil. Elle appartient au couvent des Cordeliers. Elle est sans doute construite en 1717. Elle est détruite en 1876, lors du percement du boulevard Saint-Germain. Son architecte est surement Beausire également.

-        la fontaine des Quatre-Saisons ou de Grenelle : construite entre 1739 et 1745, cette fontaine est située rue de Grenelle (n°57 et 59). Œuvre de Bouchardon, dès 1787 on lui substitue aux eaux de Rungis, l’eau de la Seine. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1862.

La réutilisation des fontaines pour l’eau du Médicis

D’après Eugène Belgrand, certaines fontaines, au début alimentées par les eaux du Pré-Saint-Gervais, de Belleville ou de la Seine, sont ensuite alimentées par le Médicis, parmi lesquelles :

-      la fontaine de la Croix-du-Trahoir ou de l’Arbre-Sec : il existait autrefois, à l’emplacement du carrefour des rues Saint-Honoré et de l’Arbre-Sec, une croix qui portait le nom de Croix du Tirouer ou Trahoir. François Ierfait construire près de cette croix, en 1529, une fontaine qui est nommée la fontaine de la Croix du Tirouer. Cette fontaine, suivant Piganiol de la Force, est reconstruite en 1636, au coin des rues Saint-Honoré et de l’Arbre-Sec, et devient le château d’eau des eaux d’Arcueil sur la rive droite de la Seine. Elle est rebâtie de nouveau en 1775, au même emplacement, sur les dessins de Soufflot. Elle existe encore aujourd’hui au n° 111 de la rue Saint-Honoré ; la façade principale et le robinet de la fontaine sont sur la rue de l’Arbre-Sec. L’édifice se divise en trois étages et le château d’eau occupe le plus élevé. Le château d’eau a disparu.

Fontaine de Grenelle ou des Quatre Saisons. Begrand. t. 3 Les anciennes eaux © Eau de Paris

-          la fontaine du Louvre : le roi Louis XIII, ou plutôt sa mère, Marie de Médicis, ayant manifesté le désir d’avoir au Louvre une fontaine alimentée par les aqueducs de la ville, sans doute parce que l’eau de la Seine était peu potable, le bureau obtempère à ce désir et fait dresser le devis des travaux d’une conduite partant de la fontaine du Tirouer et aboutissant au Louvre. Les travaux sont adjugés le 15 juillet 1610 au profit du sieur Voisin. Ils sont exécutés aux frais de la Ville, suivant l’usage admis, lorsqu’il s’agit d’une concession faite à un haut personnage.

D’autres fontaines ayant distribué les eaux de Rungis sont citées par Belgrand mais elles ne sont pas confirmées par les autres sources. Elles comprennent les fontaines de la Halle ou du Pilori, des Innocents, Maubuée, Sainte-Avoie, Saint-Julien des Ménétriers, des Cinq-Diamants, des Grands-Augustins et Desaix ou de la place Dauphine.

Les fontaines du XIXe siècle

Enfin au XIXe siècle, deux nouvelles fontaines utilisèrent également l’eau d’Arcueil :

-        la fontaine Censier : elle est édifiée après 1806. Elle est située rue Censier à l’angle de la Mouffetard. Elle est démolie lors de la création de la rue Monge en 1866-1867.

-        la fontaine de Léda ou du Regard : appelée aussi fontaine Vaugirard, elle est située à l’angle de la rue du Regard et de Vaugirard. Édifiée après 1806, le prolongement de la rue de Rennes en 1856 la fait déplacer.

Réservoir du Val-de-Grâce © Phot. Paris historique.


Si on comptabilise le nombre total de fontaines ayant utilisé l’eau de Rungis-Cachan sur trois siècles, on arrive à un total de 30, voire 38 selon Belgrand. L’eau parvient aux fontaines à l’aide d’un système d’adduction constitué de tuyaux de plombs ou de céramiques et de conduites maçonnées. Ce système comprend les tuyaux distincts du roi et de la ville. En plus des fontaines publiques et royales, on compte aussi des fontaines réservées à des congrégations religieuses ainsi que des concessions accordées aux entrepreneurs et aux particuliers.

Il est à noter que très peu de fontaines sont restées dans leur état d’origine. Du Grand Siècle, elles ont toutes été modifiées ou remplacées : Médicis, Sainte-Geneviève, Mouffetard, Trahoir. La fontaine de Léda, datant du XIXe siècle, a également été déplacée. La fontaine Palatine a été replacée après destruction de son hôtel particulier. Finalement, il ne reste que la fontaine des Quatre-Saisons qui soit d’origine ( XVIIIe siècle).

Les réservoirs

L’eau de l’aqueduc est stockée dans des réservoirs ou château d’eau souvent construits à proximité des fontaines. Hormis la maison du Fontainier, on compte à l’origine trois réservoirs principaux : le premier à la fontaine Saint-Benoît, le second à la fontaine Sainte-Geneviève et le troisième à la fontaine de la place Maubert. Un réservoir est aussi bâti en 1655 dans la cour du Val-de-Grâce. Il faut ajouter à cela la création au XVIIIe siècle, du château d’eau du Palais-Royal, des Tuileries et de la rue de l’Arbre-Sec.

Les regards en aval du Fontainier

Regard Saint-Magloire © Paris historique

Regard Saint-Magloire © Paris historique

Le réseau d’adduction des fontaines était étagement composé de différents regards : regard de la Demi-lune, regard de la Providence, regard Pascal, regard Saint-Magloire, regard des Chartreux, regard des Feuillants, regard de la Faiette, Regard des Ecuries ou encore le regard de La Place des Victoires. L’ensemble de ces regards a été détruit sauf le regard Saint-Magloire, devenu regard de l’Institut national des Sourds-Muets.

 


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