Histoire

Contexte

L’alimentation en eau de Paris, un enjeu dès l’Antiquité

Paris doit son nom à une tribu gauloise, les Parisii, installée trois siècles avant J.C. au carrefour d’une voie commerciale entre Marseille et l’actuelle Angleterre, et attirée par le fleuve navigable. La Lutèce gallo-romaine est située sur une île de la Seine (Île de la Cité). Des ponts en bois permettent le passage d’une rive à l’autre, au moyen de péages. Ces ponts souvent détruits en hiver par les eaux fougueuses et les glaces doivent être systématiquement reconstruits.

Bassin de l’aqueduc gallo-romain à Wissous © Karine Berthier

La ville se développe à flanc de colline, sur la rive gauche au cours des deux premiers siècles de notre ère. Là, les puits sont rares et profonds. Ne disposant que de l’eau de la Seine, souvent impropre à la consommation et difficile à transporter, les Romains bâtissent un aqueduc. Celui-ci permet d’alimenter en eau le palais des empereurs et les établissements publics. Il rend également possible la construction de nouveaux thermes (Cluny et Collège de France). Les sources les plus proches se situent à Rungis et Wissous, où les Romains construisent un bassin carré qui forme la tête de l’aqueduc. La canalisation, enterrée à faible profondeur et parfaitement étanche, a une longueur de 16 km avec une pente de 1,6 ‰.

La conduite emprunte le flanc ouest de la vallée de Rungis puis vire au nord, à Fresnes, pour suivre le flanc droit de la vallée de la Bièvre. Elle récupère d’autres sources à Cachan puis franchit la vallée de la Bièvre, grâce à un pont à arcades de 330 mètres de longueur à Arcueil. Un vestige de ce pont-aqueduc subsiste encore de nos jours. Elle rejoint ensuite Gentilly, contourne la butte de Montsouris et atteint la rue Saint-Jacques jusqu’aux thermes, où parviennent jusqu’à 1 500 à 2 000 m³ d’eau par jour.

L’aqueduc disparaît petit à petit par manque d’entretien mais des traces restent visibles encore aujourd’hui. La toponymie de certains lieux permet également la réminiscence de ce tracé.

L’alimentation en eau de la rive droite de Paris au Moyen-âge

À l’époque gallo-romaine, la rive droite du fleuve ressemble à un marais inhospitalier empêchant son développement. Peu à peu, des crues moins abondantes, un climat plus doux assainissent cette zone. Sous les Mérovingiens, des églises sont construites sur les monceaux Saint-Gervais, Saint-Merry et Saint-Martin…. Les quartiers commencent à se développer à partir des XIe et XIIesiècles, alimentés en eau par le fleuve et par de nombreux puits creusés par les Parisiens (moins profonds sur cette rive).

Vestige de l’aqueduc gallo-romain à Paris, avenue Reille © Phot. Paris historique.

 

Les communautés religieuses et la ville de Paris canalisent les sources du Nord (Pré-Saint-Gervais, Belleville). Ces eaux ruisselantes sont récupérées et drainées au moyen de pierrées (conduites en pierre sèche) couvertes d’une dalle et d’une chape de glaise pour empêcher l’infiltration des eaux troubles de surface. Ces eaux fraîches sont ainsi dirigées vers les aqueducs. Les débits deviennent vite insuffisants face à une population en augmentation et aux nombreuses concessions accordées aux particuliers.

La rive gauche souffre également d’un manque d’accès à l’eau, d’autant plus qu’aucune source ne se trouve dans les environs.

Face à ces problèmes de pollution, de pertes dans les fontaines publiques et d’abus des concessions aux particuliers, la monarchie sous l’impulsion d’Henri IV reprend le contrôle de la distribution de l’eau. En 1594, le roi lance une opération de rénovation et d’amélioration du système d’alimentation au nord de Paris, et un grand projet de construction d’un nouvel aqueduc au sud. Les recherches s’orientent, grâce à la redécouverte de l’aqueduc gallo-romain, vers les sources de Rungis et de Wissous. Le projet faillit être interrompu avec l’assassinat d’Henri IV en 1610.

Le palais et le jardin du Luxembourg

D'après le schéma de Romain Portes, L’hydraulique. somptuaire dans les jardins royauxparisiens au XVIIe siècle, l’exemple des jardins desTuileries, du Luxembourg et des Plantes. Reproduction Région Île-de-France - Inventaire général. D. Betored.

L’eau au Luxembourg. D’après le schéma de Romain Portes. Reproduction Région Île-de-France – Inventaire général. D. Betored.

En 1612, Marie de Médicis, reine et régente du royaume, envisage de construire un nouveau palais, lassée par celui du Louvre. Elle achète alors le vaste domaine et le château dit « du Luxembourg », en lisière de Paris. Elle décide aussi de relancer le projet de construction de l’aqueduc, prévu par son défunt époux. En 1613 les jardins, les canaux et les fontaines sont aménagés ; la construction du palais qui débute en 1615 se termine en 1631.

Le Médicis

La construction de l’aqueduc

Le chantier de l’aqueduc est adjugé par la ville de Paris le 27 octobre 1612 au maître maçon Jean Coing. Puis à la mort de celui-ci en janvier 1614, c’est Jean Gobelin, son gendre, qui prend la succession du chantier. Les travaux de terrassement débutent en 1613 et emploient jusqu’à 600 ouvriers. La direction et la responsabilité du chantier sont confiées par le roi à la Ville de Paris et à son prévôt des marchands, Gaston de Grieu (prévôt de 1612 à 1614).  Il dure 10 ans et le 18 mai 1624 les eaux coulent officiellement dans les conduites. Toutefois, il faut attendre 1628 pour les eaux soient distribuées dans les fontaines publiques. Les eaux captées à une altitude de 75 mètres à Rungis descendent sur 13 kilomètres jusqu’à la maison du Fontainier à 57 mètres d’altitude avec une pente moyenne de 1,4 ‰. Du fait que le Médicis puise son eau à Rungis, qu’il traverse de façon très visible la vallée de la Bièvre à Arcueil et Cachan, il porte également au cours de l’histoire les noms d’aqueduc des eaux de Rungis, aqueduc d’Arcueil, de Cachan ou encore aqueduc du Midi.

Un besoin en eau en constante augmentation

Regard I à Rungis en 1909 © Société historique et archéologique de Rungis

De nombreuses concessions en eaux ont été accordées le long du parcours de l’aqueduc aux nobles et aux établissements religieux. À Paris, la multiplication des fontaines publiques, le débit en eau devient rapidement insuffisant face à une demande toujours en augmentation.

La recherche de nouvelles sources entraîne alors une diminution importante du débit du ru de Rungis et du coup la destruction et le dédommagement de nombreux moulins. Il faut ajouter à cela les abus des particuliers qui agrandissent le diamètre de l’orifice consenti pour leur concession pour revendre le surplus d’eau.

Un entretien difficile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques années seulement après sa construction l’aqueduc Médicis nécessite de nouveaux aménagements. Des premiers travaux sont réalisés dans le carré des eaux de Rungis, un fossé est creusé autour de celui-ci pour drainer les eaux pluviales, une maison est également élevée pour abriter un garde chargé de la surveillance des sources et une autre maison à Arcueil permet d’accueillir le concierge du pont-aqueduc. Durant les XVIIe et XVIIIe siècles l’aqueduc est l’objet d’un entretien constant et malgré cela, en 1782, la ville de Paris reçoit quotidiennement des plaintes relatives au manque d’eau.

L’aqueduc au XIXe siècle

La ville de Paris voit sa population passer de 650 000 à 2 millions d’habitants au cours du XIXe siècle, d’abord grâce à une amélioration générale aux plans sanitaires et alimentaires, et au phénomène d’exode rural qui s’amorce au cours de la seconde moitié du siècle. Les besoins en eau deviennent de plus en plus importants. La ville connaît alors une période de travaux d’aménagement avec la construction du canal de l’Ourcq, la construction de réservoirs, la multiplication des fontaines publiques, et finalement les grands travaux d’adduction menés par l’ingénieur Belgrand et le préfet Haussmann sous le Second Empire…

Pont-aqueduc de la Vanne © Eau de Paris

Pont-aqueduc de la Vanne © Eau de Paris

L’aqueduc Médicis, en mauvais état, est abandonné au milieu du siècle et définitivement désaffecté en 1904, ses eaux alimentent toujours le lac et la cascade du parc Montsouris.

L’aqueduc de la Vanne, construit par Belgrand entre 1860 et 1874, reprend son tracé au niveau du franchissement de la vallée de la Bièvre, mais les eaux viennent de départements plus éloignés, de Bourgogne notamment.

Dès 1862, les vestiges du pont-aqueduc gallo-romain sont classés au titre des Monuments Historiques. En 1933, quatre regards du Médicis sont inscrits au titre des Monuments Historiques dont le regard I et III (Rungis et Fresnes). Le 1er mars 1982, le regard XXVI de l’Observatoire est inscrit. En 1988, l’ensemble de l’aqueduc avec ses ouvrages extérieurs est inscrit de Rungis à Gentilly (la partie parisienne demeure en majorité sans protection). En 1991, le pont-aqueduc situé entre les regard XIII et XIV, à Arcueil et Cachan est classé. En 1994, la maison du Fontainier, regard XXVII est classé à Paris. Enfin, en 2004, suite à l’affaire de la ZAC Alésia-Montsouris, un tronçon du de Médicis, situé sous le boulevard Saint-Jacques et la station RER Denfert-Rochereau ainsi que le regards XXV de l’hôpital La Rochefoucauld sont inscrits.

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